Depuis que le copain américain de Porcelaine est arrivé, il y a chaque jour un peu plus de bouteilles de vin aux trois-quarts vides qui s'étalent dans la cuisine. Ça a quelque chose de particulièrement réjouissant -- l'alcool en bonne compagnie, toujours, mais aussi le désordre joyeux, festif, bouillonnant! qui me remue le ventre.
J'ai vu une de mes classes de débutants pour la dernière fois hier midi, & comme les Russes ils m'ont donnée du chocolat, toute une tonne de chocolat, & comme les Russes ils ont écrit dans une grande carte de souhait, laborieusement, la syntaxe hésitante, que it is hard to learn us things, but you succeed all the same because you are a wonderful and joyful teacher.
Je lis deux livres en même temps & ils sont parfaits chacun à leur façon, parce que quand je suis tannée des histoires du coming-of-age d'une fille de dix-sept ans dans un château délabré de l'Angleterre des années trente, je peux lire Génome, & quand j'ai la tête surchargée d'ARN & d'ADN & de gènes égoïstes & de chromosomes, je peux lire I Capture the Castle. J'alterne entre les deux dans mes trop longs trajets en autobus, en gardant mes écouteurs sur mes oreilles même si je n'écoute pas de musique, & ça me donne l'impression de réussir, une bonne fois pour toutes, à créer entre le monde & moi un écran duveteux qui assourdit la vraie vie.
vendredi 17 décembre 2010
mercredi 15 décembre 2010
Souvent pour me calmer j'énumère les choses qui méritent d'être décrites correctement, posément : les avant-midis de décembre où le soleil faible est bas dans le ciel, la chaleur du premier café qui s'échappe de la tasse en volutes légères, l'odeur rassérénante de Porcelaine, un mélange de cigarettes & de shampoing à la menthe, qui s'attarde dans les coussins du divan. Ça aide.
J'ai commencé à écrire parce que j'aimais lire, parce que j'aimais tellement lire que je voulais m'incruster dans les livres & leur coquille friable de mots & de papier & de silences gonflés, pleins à craquer d'histoires. Aussi parce que je voulais, que je veux encore vivre dans un monde où, à défaut d'être intelligibles, les choses sont bien dites. Bien écrites. Je sais pas si c'est seulement moi, je sais pas si je suis toute seule là-dedans, mais moi c'est pas vrai que j'ai commencé à écrire parce que j'avais des choses à raconter, trompettes pompeuses & roulement de tambours. Les choses que j'ai racontées & que je raconte sont entièrement ordinaires. Personne n'en a besoin. Alors écrire pour moi c'est très égoïste, ça m'a toujours paru très égoïste, presque honteux, certainement présomptueux -- un espèce de t'es qui toi, tu te prends pour qui? qui lâche jamais. Je pense qu'il me manque l'arrogance de croire que j'ai quelque chose à ajouter. Je pense que je peux pas être (ark que j'aime pas le mot qui s'en vient) une artiste sans le mélange d'insolence & d'audace & de suffisance, juste un petit peu, la suffisance, qui me chamboule chez certaines personnes & que je pourrai jamais, jamais avoir. Je pense que c'est une des raisons pour lesquelles j'ai un peu de misère, ces temps-ci.
J'ai un peu de misère parce que j'ai renvoyé le manuscrit corrigé au monsieur qui est mon directeur littéraire, & j'ai angoissé à l'idée qu'entre mes trois emplois à temps partiel j'avais sûrement réussi à botcher la job solide, & j'ai reçu les maquettes pour la couverture du livre, & j'ai trouvé ça extraordinairement, incroyablement joli, & je me suis demandée quand est-ce que mes affaires arrêteraient de marcher, quand est-ce que tout se déconcrisserait en même temps. C'est une chose que je veux depuis très longtemps & je suis encore convaincue que je vais réussir à bloquer le processus par la force de, je sais pas, ma propre insignifiance.
& je dis ça, mais. Je fais crissement pas pitié.
Aussi : je pars en France à la mi-janvier, à Toulouse, parce que j'ai un contrat comme chargée de projet là-bas pour trois mois & demi. J'ai hâte. & j'ai pas dit à personne, dans les huit cent cinquante deux entrevues que j'ai eu à passer pour avoir le poste, que dans dix jours il y a quelqu'un qui arrive, de Toulouse, & que c'est quelqu'un que j'aime beaucoup, & que mi-janvier nous repartirons tous les deux pour la même ville, presque en même temps.
mardi 30 novembre 2010
Aujourd'hui, en attendant la 18 au coin de Frank-Carrel & Charest Ouest, les yeux gobés par le parc industriel dans lequel je m'empêtre dès sept heures & quart le mardi & jeudi, je me suis dit que ça fait depuis que j'ai 19 ans que je veux une histoire d'amour comme une chanson de Belle & Sebastian, préférablement Piazza, New York Catcher (I will be your Ferdinand & you my wayward girl), quelque chose d'enveloppant sur lequel je pourrais aligner des milliers & des milliers de phrases obscures mais jolies qui raconteraient des histoires de douceurs & d'indéchiffrables, d'inextricables fous rires.
Maintenant ça m'est arrivé, & il y a pas de mots à mettre dessus.
Kyoto & Kazan, novembre.
Porcelaine a adopté un chaton, même pas deux mois & demi, & elle l'a appelé René-Chat pour honorer conjointement René-Charles, René Simard & René Lévesque. Ça fait trois jours qu'il est à l'appartement & ça fait trois jours que j'ai seulement envie d'écouter There Is a Light That Never Goes Out, The Smiths, à répétition, peut-être parce que trèstrès bientôt j'aurai vingt-cinq ans & que ces temps-ci j'aimerais encore avoir seize ans & demi, pas trop longtemps, juste un tout petit peu, juste parce qu'à seize ans & demi je passais des soirées entières à regarder Campbellton défiler tout doucement depuis le siège passager d'une auto, l'auto de n'importe qui, Jean-Robert Savoie ou quelqu'un d'autre, & que c'est une chose qui me manque -- le calme duveteux des fins de conversation, ma joue chaude contre la vitre froide, la radio locale anglophone en AM qui crachait de drôles de sons dans les innombrables petites poches de silence des chansons. Peut-être parce que j'ai lu A Complicated Kindness & que la narratrice passe tous ces longs moments dans un truck avec un garçon un peu complaisant mais un peu gentil quand même, qui donne l'impression d'attendre qu'elle se montre juste un tout petit plus extraordinaire pour se mettre à l'aimer au complet. (Bonjour, Jean-Robert Savoie.) Peut-être parce que la pluie de décembre appelle, je sais pas, des chansons résolument mélodramatiques des années quatre-vingt. Peut-être parce que que c'est un bon moment de l'année pour s'embrouiller dans de petites nostalgies passagères.
mardi 9 novembre 2010
mardi 2 novembre 2010
C'est l'automne alors j'écoute le troisième album de Malajube, celui avec Ursuline, j'écoute Willie Nelson, j'écoute du vieux Belle & Sebastian, Tigermilk, j'écoute Wilco parce que j'écoute toujours Wilco, j'écoute Mara Tremblay parce que j'ai toutes les chances d'échapper mon coeur, j'écoute Vissotski même si je comprends pas la moitié de ce qu'il dit. Je fais du potage aux légumes les dimanches après-midi & Porcelaine éparpille ses notes de cours en changeant de CD à toutes les vingt-deux minutes, Elliott Smith & l'identité politique canadienne & The Shins & l'histoire des médias au Québec & Arcade Fire & l'école au temps de la révolution industrielle britannique.
C'est l'automne & je me lève à six heures du matin pour donner des cours d'anglais dans tous les esties de parcs industriels de la ville de Québec, ça me rappelle la Russie mais sans le métro, ça me rappelle la Russie mais c'est pas trop dur, pas encore. Je prends l'autobus avec des monsieurs qui portent tous des bottes à cap d'acier & je me faufile dans leurs usines moroses pour enseigner le past simple des verbes irréguliers à leurs chefs de ligne. Je leur fais scander des ring, rang, rung! & je réussis à coincer mes jupes dans toutes les portes.
C'est l'automne & j'ai pas envie de lire de fiction parce que je suis trop occupée à rafistoler la mienne, alors à la bibliothèque j'emprunte des biographies de Youri Gagarine & des essais de deux cent trente pages qui demandent, le plus sérieusement du monde, à quoi servent les astronautes. Moi j'aurais envie d'être Julie Payette & de parler d'apesanteur & d'ingénierie aérospatiale, d'avoir toute une masse de cheveux à enfouir sous le casque de mon scaphandre, mais je me contente de mes boucles frisottantes & des émissions de vulgarisation scientifique de CKRL, que j'écoute à la boulangerie où je passe deux ou trois après-midis semaine à faire des galettes, à côté d'un Français beau comme un coeur qui s'échine à modeler les plus jolies viennoiseries de la rue St-Jean.
C'est à peu près sûr que je retourne à l'école l'année prochaine ; c'est à peu près sûr que je serai publiée d'ici l'automne prochain ; c'est à peu près sûr que j'ai le coeur amoureux, encore, & des fourmis dans les jambes, toujours, & l'envie immense d'embrasser le ciel chaque fois que le soleil se frotte contre mes paupières mi-closes. Comme quoi il y a des choses qui changent pas, pas vraiment.
mercredi 1 septembre 2010
J'ai fait mes bagages en écoutant The Cat Empire, parce que ça me fait toujours penser à Juillet & parce qu'il est temps que je pense à Juillet sans ressentiment, j'ai lavé la vaisselle, j'ai nourri la seule plante mourante de Porcelaine, je me suis brossée les dents & j'ai passé la soie dentaire, j'ai même passé la soie dentaire parce que hier le dentiste a pris quatre minutes & demie de son temps précieux & facturable pour me convaincre que parmi le demi-million de personnes qui habitent la grande région de Québec j'étais la seule, la seule!, à ne pas passer la soie dentaire deux fois par jour, j'ai terminé cette histoire très jolie d'une femme qui se rend à Hong Kong & qui y adopte le plus merveilleux des poissons, j'ai écouté Gerry Boulet en balayant la cuisine avec beaucoup trop d'enthousiasme, je suis tombée sur le message que Porcelaine m'avait laissé près de la porte, un message surchargé de points d'exclamation & de pâtés d'encre, j'ai ramené une caisse de bières vides au dépanneur, j'ai bu un grand verre d'eau, j'ai laissé le ventilateur pousser son air chaud contre mes genoux, je me suis dit que j'étais prête à partir.
Ce soir je serai à Montréal pour voir Chuck, ses robes de hippie & les plantes qui encombrent ses deux fenêtres & demie ; demain soir je serai dans l'avion. Dans mon sac j'ai mis The Master & Margarita, parce que ça fait longtemps que je veux le relire & parce que ça me donne encore plus l'impression de tomber en vacances, redécouvrir tranquillement un livre que je sais déjà que j'aimerai. Je pars un mois au grand complet & je crois qu'il fera chaud, & que ce sera beau, & que je serai bien.
lundi 30 août 2010
Je relis les choses que je passe mon temps à écrire dans mes cahiers, mes innombrables & encombrants cahiers, les cahiers que j'ai eu envie de brûler quand je me suis rendue compte qu'il me faudrait deux boîtes rien que pour les déménager.
25 avril 2010
Mais il me reste de bonnes choses.
Il me reste Kyoto, la meilleure de toutes les meilleures colocataires du monde, Kyoto qui se blottit avec moi dans mon lit quand les ronflements de son frère en visite réquisitionnent le sien, Kyoto avec qui boire des gin tonic en décortiquant le détail de nos toutes petites vies, Kyoto avec qui aller jouer au billard au Клуб-бар sous les regards étonnés & inquisiteurs des habitués peu ragoûtants de l'endroit, Kyoto à qui tout tout raconter, Kyoto avec qui tout rire & tout vivre & tout comprendre, Kyoto que je vais pleurer comme un amour impossible à mon départ.
1er juillet 2010
Je replonge dans toutes sortes d'incertitudes: financières, amoureuses, avenir-iennes, tout tout tout. Je pense aller en France en septembre. Je pense m'inscrire à la maîtrise l'année prochaine. Je pense que j'ai un don particulier pour les remises en question perpétuelles. Je pense que j'ai un emploi qui finira par me donner de l'urticaire.
30 août 2010
J'habite dans l'appartement de Porcelaine qui est aussi le mien, maintenant, je bois mon café devant les grandes fenêtres du salon & j'écoute des chansons tristes en déballant mes affaires, Patsy Cline & Leonard Cohen, des chansons tristes même si j'ai le coeur heureux. Dès que je sors de chez moi il y a la rue Saint-Jean qui bourdonne dans la toute nouvelle canicule & moi je me coule dans le soleil, la peau tiède, les yeux bridés par la lumière. J'essaie de marcher lentement mais je ne réussis jamais.
Il y a Kyoto qui est venue puis qui est repartie, il y a mes cheveux que j'ai coupés, courts parce que j'y ai pensé tout l'été, mercredi il y a Montréal, jeudi l'avion, vendredi...!, il y a les plus belles choses qui sont toujours les plus beaux pétages de fiole en puissance, mais crisse, est-ce que ça vaut vraiment la peine si on n'y risque pas au moins un peu sa dignité, sa sérénité, sa vie bien en équilibre, ses esties de bonnes nuits de sommeil?
Quand les soirées sont lourdes de fatigue, Porcelaine me propose un thé. Puis se reprend, presque immédiatement, cibole, qu'est-ce que je dis là, c'est sûr que t'as besoin d'une bière, & c'est sûr, c'est sûr que j'ai rien besoin d'autre.
vendredi 6 août 2010
Quand je suis arrivée chez moi hier soir il y avait une carte postale dans ma boîte aux lettres. Au début j’ai pensé qu’elle arrivait d’Équateur, que c’était l’amie à qui je sous-loue l’appartement qui donnait des nouvelles, une image de son bout de jungle amazonienne, des souhaits d’été chaud & de fruits mûrs, de pêches tellement juteuses qu’elles en barbouillent les mentons. Mais la carte venait de Chine. Une tête de dragon, très grande, dorée, et un pont. À l’endos il n’y avait pas de signature parce que les signatures ont quelque chose de redondant, parfois, quand les boucles si caractéristiques des J traînent leurs pattes hors des marges pour s’accrocher à la poitrine & venir serrer le coeur, délicatement, du poids de toutes les tendresses inattendues du monde.
De temps à autre je pense à Juillet, qui n’écrit pas de cartes postales & qui ne va pas en Chine, & je suis triste de ne pas avoir vu toutes les choses que j’aurais pu voir avant. Mais le plus souvent je pense à Banana Yoshimoto, qui fait dire à un de ses personnages que mais qui voudrait d’un amour qui ne donne pas l’impression d’être le dernier?, & ça me console de tout ce qu’il pourrait rester à consoler.
J’envie les gens qui savent parler de livres de façon, je sais pas, de façon à leur rendre justice. C’est une chose que je n’ai jamais apprise & qui me manque, surtout quand je termine un recueil d’Alice Munro ou que je commence The Good Terrorist & que je sens qu’il y aurait des milliers de trucs à en tirer mais que tout ce dont je suis capable c’est de poser le livre sur mes genoux et de revoir dans ma tête les mots dans lesquels s’enroule le récit, en savourer les petites cruautés et les sonorités particulières, le rythme des phrases et des malheurs, des pointes, de ces épiphanies discrètes qui se coulent entre les lignes & réchauffent les mains qui, du bout des doigts, effleurent les caractères imprimés.
Je travaille douze heures par jour, littéralement, à essayer de coordonner deux départements en même temps, dans un environnement de travail tellement bordélique que c’en est ridicule. Mon contrat se termine à la mi-août & j’avais pensé accepter l’offre de prolongation mais finalement non, non, je peux pas continuer à me faire ça, à la mi-août il y a Kyoto qui débarque à Québec pour deux semaines & début septembre j’emménage avec Porcelaine & tout de suite après je pars pour la France, parce que j’ai trop d’argent en banque pour demeurer immobile & parce que là-bas il y a un garçon fraîchement revenu de Chine qui toutes les nuits règle son cadran à trois heures & téléphone, téléphone juste au moment où je pousse la porte de l’appartement, délivrée du travail, enfin, et gourmande de mots qui auraient vogué sur l’Atlantique & atterri dans mon salon, bons & doux & chauds dans le creux de l’oreille.
mercredi 14 juillet 2010
Ça m’aura pris un peu moins de deux mois pour me refaire amie avec les préposés du comptoir des réservations de la bibliothèque Gabrielle-Roy, amie comme dans : aujourd’hui il y en a un qui est venu me voir à ma table pour me dire, le vouvoiement facile & le chuchotement étudié, Amélie, y’a le Pérec que vous vouliez qui est arrivé.
Le personnel de votre bibliothèque & vous : une relation à approfondir en trois étapes simples, un best-seller à paraître sous peu.
Je me suis foulée la cheville & je travaille sept jours semaine, pas de repos pour les coordonnatrices sous-payées, je manque de temps pour la musique du Festival d’été & les listes interminables de livres que je m’étais promis de lire durant les canicules, les canicules c’est fait pour la bière blanche, froide, & les romans dont on égrène tranquillement les mots, je manque de temps pour ma soeurette & les pique-nique de fin d’après-midi, les mauvais films d’action qui déboulent tous le même mois, les fenêtres grandes ouvertes face aux rares soirées fraîches, je manque de temps pour les amis qui se déploient sur le continent, traversent l’Atlantique, se perdent dans la brume, je manque de temps pour le futur qui s’approche à pas de loups, qui flotte au-dessus de ma tête, vaguement menaçant, je manque manque manque de temps mais souvent, le matin, tôt mais pas trop, il y a le téléphone qui sonne &, entre nos phrases ponctuées de silences cotonneux, il y a les plus doux de tous les mots ensommeillés, il y a toutes les choses qu’il faut taire juste encore un peu, pas beaucoup mais quand même, quand même. & il y a le temps qui file lentement, jusqu’à l’automne.
Je suis tombée sur Juillet dans l’autobus, il y a quelques jours. Il s’est approché de moi, il s’était rasé la tête à cause de la chaleur ; tout de suite lui a fait comme d’habitude & moi j’ai fait comme d’habitude, il a parlé parlé parlé de lui & moi j’ai beaucoup souri, je souris toujours de mon plus beau sourire quand j’ai l’impression que ça vaut pas la peine de gaspiller mes mots. Je me suis dit, c’est une très bonne personne. & j’ai été contente qu’il ne fasse plus partie de ma vie.
jeudi 8 juillet 2010
La nuit, en voyage, l’air est toujours limpide de silence, & le coeur, parfaitement clair.
- Banana Yoshimoto, Kitchen
Je sais pas trop comment en parler, mais aujourd'hui j'ai rencontré le monsieur qui sera mon directeur littéraire & j'ai encore l'impression que c'est une chose qui arrive à quelqu'un d'autre qu'à moi.
Je sais que ça changera pas ma vie, pas beaucoup, mais déjà ça me donne comme une certitude, une espèce de force tranquille qui me réconforte chaque fois que mon patron essaie du mieux qu'il le peut de me faire sentir le plus petite possible.
Parfois je me sens comme quand Suze Rotolo parle de Bob Dylan, quand elle dit que it was as if we knew each other already ; we just needed time to get better acquainted. Sauf que c’est toujours, toujours le temps qui manque. Malgré le téléphone qui sonne à dix heures du matin & les grands rires clairs au bout du fil, il y a comme une urgence particulière qui finit par me gruger de tout petits bouts de coeur. Encore.
Le vent chaud & lourd qui caresse le cuir chevelu, les ambulances & leurs sirènes qui se multiplient dans les rues, la bibliothécaire qui me dit c'est les vieux, c'est eux qui tombent comme des mouches. & moi je monte la côte Salaberry à pied chaque jour pour aller travailler, parce que j'ai décidé que cet été je passerais mon temps à faire toutes les choses que j'ai la force de faire.