Hier j’ai vu un film où une femme disait à un homme, you’re a parenthesis. Ça m’a rappelé que c’est une chose qu’on m’a déjà dite, un garçon que j’aimais beaucoup. Peut-être que je l’aimais aimais pas tout à fait, mais je l’aimais beaucoup.
Ces temps-ci je pense beaucoup aux gens que j'ai beaucoup aimés.
Ces temps-ci je lis du Anna Gavalda, aussi. Son recueil de nouvelles, celui avec le joli titre trop long. Je l'ai commencé parce que je cherchais quelque chose de pas trop compliqué à faire lire à mes étudiants de français, je me disais que je leur donnerais quelque chose de tellement français, de tellement exagérément français qu'il arrêteraient de se plaindre de mon accent, mais finalement non. Finalement j'ai rien trouvé, rien jusqu'ici. Mais je continue à lire. J'ai pas encore terminé Dickens & ça me donne l'impression, je sais pas, d'avancer ailleurs en même temps.
Ces temps-ci pas moyen d'y échapper, je sais pas pourquoi je passe mon temps à faire semblant que c'est rien, ces temps-ci je déprime déprime déprime. Je m'englue & je comprends pas pourquoi. Je veux dire, Anna Gavalda. Crisse.
& février 2010
Le peignoir, Suzanne Myre
The Social Economy, dirigé par Ash Amin
Coeur de chien, Mikhaïl Boulgakov
Almanach des exils, Stéphanie Filion & Isabelle Décarie
We're lost & everything is dirty, c'est le meilleur des titres au monde pour un blog de voyages. C'est aussi la description la plus incroyablement exacte des pires des désagréments ordinaires vécus à l'étranger -- pas l'artillerie lourde des kidnappings ou du vol, seulement l'hygiène douteuse des endroits où l'on dort & l'impression tenace d'être toujours un peu perdus, même avec une carte grande comme une mappemonde.
Le gars est photographe ou reporter, quelque chose comme ça, maintenant il est en Inde mais avant c'était l'Asie du Sud-Est, & avant la Colombie, & avant une pause chez lui, à Washington DC. Il prend toutes les photos que je voudrais savoir prendre & il déterre des histoires & il a un sens de l'humour que j'aime beaucoup, quelque part entre l'auto-dérision & l'oeil pour le détail, pour le ridicule, pour le bizarre. Faut voir ça. Faut vous occuper avec ça, juste pour me donner le temps de me sortir de ma déprime.
lundi 15 mars 2010
samedi 27 février 2010
Ça me fait du bien de lire Dickens en hiver, entre deux tempêtes de neige, alors que tout à l'extérieur s'immobilise & que dans ce roman-fleuve ça fourmille de partout, c'est une effervescence constante de personnages exagérément typés & de dialogues savoureux & de descriptions minutieuses, drôles à en être gluantes de sarcasme ; l'atmosphère sombre des villes pleines de suie mélangée à quelque chose de très comme il faut, de très victorien, de grands monsieurs qui discutent de politique étrangère en fumant des cigares, le feu dans la grande cheminée de marbre, les bibelots soigneusement époussetés par une bonne au tablier empesé. C'est interminable, ça part dans toutes les directions, c'est un véritable festin de détails -- c'est délicieux.
J'aime quand les courriels de Juillet commencent par en ce moment je suis saoul pas mal mais je me suis dit que c'est pas une raison pour pas t'écrire, parce que c'est toujours de bon augure.
Deux fois par semaine j'enseigne à un groupe d'adolescents, des longs cours de deux heures & quart auxquels ils assistent tout de suite après la fin de l'école, à quatre heures, les mardis & les jeudis, & qu'ils suivent parce que leurs parents, parce que leur avenir, parce que parce que parce que, mais jamais parce qu'ils en ont envie. Ils ont entre treize & seize ans, je les appelle mes p'tits crisses, affectueusement!, parce que cibole, ils sont quelque chose -- mais ils ont pas de malice. Ou pas beaucoup. & ils sont drôles comme c'est pas possible.
Alors jeudi, dépression généralisée pour cause de défaite hockey-ienne russe. En plus Plushenko a perdu son titre de champion du monde en patinage artistique un peu plus tôt dans la semaine. C'est le drame. La fierté nationale russe est en péril. Je leur dis pas grave, on fera pas de grammaire aujourd'hui, j'ai préparé des jeux pour la deuxième partie du cours, en attendant on va se parler. & on parle & on parle & on parle --
Du végétarianisme --
Vania, 13 ans : When I eat chicken, I feel sorry for the chicken. I think that if you feel sorry for the animals, you should not eat the animals. & if you do not feel sorry for the animals... then maybe the vegetarians come to kill you!!!
Moi : Thank you Vania, that's a... a good point you're making?
& de l'argent gagné à la loto --
Fyodor, 16 ans : If I won a million dollars, I would buy a big swimming pool & fill it with crocodiles.
Alissa, 15 ans & particulièrement perplexe : ...why don't you just buy a nice Lamborghini, like a normal Russian person?
Fyodor : Because I like crocodiles!
Je les aime.
& pourtant, je ne sais pas vivre autrement, je ne sais exister différemment sinon dans ce perpétuel décalage où j'aspire à être ailleurs. [Isabelle]
- Stéphanie Filion & Isabelle Décarie, Almanach des exils
Parfois on tombe sur des phrases, comme ça.
jeudi 18 février 2010
Ce midi j'ouvre l'avocat que j'ai acheté en début de semaine & la chair est de ce vert parfait, pâteux mais ferme, sur lequel je tombe presque jamais, sur lequel je suis jamais tombée depuis que je suis en Russie. J'écarte la pelure avec mes doigts & je tache toutes les feuilles sur lesquelles j'ai minutieusement recopié ma préparation de cours de tout à l'heure mais c'est pas grave, il n'y a jamais rien de trop grave, je mange un avocat à moi toute seule & ma vie, ma vie à moi, la seule que j'ai, est d'un vert délicieux.
Hier je m'éveille, c'est la fête de ma petite soeur, elle a vingt & un ans & je veux lui écrire quelque chose là, avant même le premier mauvais café instantané du matin. & dans ma boîte de réception, déjà un message --
Amélie, je t'aime & je m'ennuie vraiment de toi & je suis en ce moment l'homme le plus triste de la planète. Malgré ça, tout ira bien. Malgré ça, toi & moi ça ira bien.
Je crois qu'il y a quelque chose qui continue, tout doucement, malgré toutes les tristesses du monde.
mardi 16 février 2010
Avant de partir à la mi-décembre, le copain de Porcelaine m'avait donnée un billet de cinq cents roubles en prévision de la Saint-Valentin : achète-lui un paquet de cigarettes & un bouquet de fleurs qu'il m'avait dit, puis non, des cigarettes & un BigMac. Alors dimanche matin j'ai enfilé toutes mes pelures & je suis allée au kiosque de tabac, puis au McDo sur Novoslobodskaïa, puis chez Porcelaine, où je me suis présentée en dissimulant les cadeaux derrière moi. Le sourire grand comme ça.
Pour la Saint-Valentin il y a Sergi qui m'a écrit un courriel, à moitié en euskera & à moitié en espagnol, tout plein de fautes parce que c'est le catalan sa langue maternelle & qu'il a jamais su parler autre chose qu'un espagnol approximatif, il m'écrit ya hace tiempo que quería decirte algo, que te hecho de menos, il s'ennuie de moi. Sergi c'est le garçon qui m'avait dit, avec le plus grand manque de tact possible, que j'étais une parenthèse dans sa vie, une jolie parenthèse mais juste une parenthèse quand même, pas grand-chose de plus. Je lui en veux pas, même à ce moment-là je lui en avais pas voulu, il devait être quatre heures du matin & nous revenions des bars de Kutxi sous la petite pluie de fin mai, & moi je me souviens lui avoir dit j'espère que tu diras plus jamais ça à personne, jamais.
Avant-hier j'ai commencé une d'histoire dans un ficher que j'ai appelé triste, parce que parfois je crois que c'est vrai qu'il faut écrire là où ça fait mal.
Ça fait neuf jours que j'ai pas de nouvelles de Juillet & je me dis que peut-être il y a quelque chose qui se termine, doucement, sans que je puisse rien y faire. & ça me rend infiniment triste.
mardi 9 février 2010
Je retourne au café instantané, aux longues files d'attente pour peser les légumes au supermarché, aux mendiants agressifs dans les wagons du métro, à notre chambre toujours froide & à Sasha-le-radiateur qui surchauffe, aux trottoirs dangereusement glacés de la ville, aux caissières maussades, aux quatre kilos & demi de kopecks inutiles qui alourdissent mon porte-feuille, à Igor la plante qui frôle la mort sur le bord de ma fenêtre, aux cuisines communes où il y a toujours au moins un peu de vaisselle sale, aux conversations en flamand que Kyoto a avec sa mère via Skype, à l'odeur de cigarette qui traîne dans la cage d'escalier, à l'ascenseur brinquebalant de l'immeuble, au matelas dur de mon petit lit, au ciel bleu des journées très froides, à mon téléphone cellulaire russe crissement pas fonctionnel, à une certaine fatigue traînante, persistante, qui me rappelle mes grands accès de langueur en automne. Mais je retourne aussi à l'envie de tout faire en même temps, manger des légumes verts lire de bons livres tricoter des pantoufles courir dans les escaliers de secours écouter des tonnes de nouvelle musique dessiner gribouiller vivre!, & ça c'est pas rien, surtout en février.
Je vais travailler & je retrouve toutes les hésitations attendrissantes des adultes qui apprennent patiemment, parfois péniblement une nouvelle langue ; l'espèce de joie tranquille qu'ils ont quand ils saisissent vraiment, vraiment quelque chose, aussi, & la satisfaction que moi j'ai quand je réussis à les faire rire un peu, entre deux règles de grammaire.
Je me présente à un seul endroit & il y a trois emplois qu'on m'offre comme ça, comme si ça devait toujours être aussi simple que ça.
Unaï m'envoie un courriel, quelque chose de doux, quelque chose qui fait du bien. Il y dit je t'imagine bien à Moscou en train d'apprendre sur la vie, petite à côté de tout ce qui se passe autour de toi, mais toujours heureuse.
Au marché il y a une babouchka au visage fripé qui me voit hésiter devant les espèces de mandarines à la pelure presque rouge qu'on y vend & elle me dit, c'est délicieux, tu verras que c'est délicieux!. & j'en achète quatre, & c'est vrai que oui, que c'est très délicieux.
Il y a de bonnes choses, quand même.
Je lis Boulgakov & je pense aux chiens moscovites qui prennent le métro, qui s’infiltrent au centre-ville, qui traînent autour des boucheries, qui se roulent en boule pour dormir sous des viaducs --
Il ne sert absolument à rien d’apprendre à lire, quand, de toute manière, la viande se sent à un kilomètre. Néanmoins, si vous habitez Moscou & si vous avez si peu que ce soit de cervelle dans la tête, vous apprendrez l’alphabet, que vous le vouliez ou non, & cela sans suivre aucun cours. Sur les quarante mille chiens moscovites, il ne s’en trouvera jamais qu’un seul, un idiot absolu, à ne pas savoir composer avec des lettres le mot saucisson.- Mikhaïl Boulgakov, Coeur de chien
dimanche 7 février 2010
J'ai terminé un autre recueil de Suzanne Myre tout juste avant de repartir pour Moscou, Le peignoir que ça s'appelait, & dans la nouvelle-titre il y avait une histoire de deuil & de père mort à l'étranger, en vacances. Je me suis dit ça me suit partout mais en fait c'est pas moi que ça suit, pas du tout.
I invented a book that listed every word in every language. It wouldn't be a very useful book, but you could hold it & know that everything you could possibly say was in your hands.- Jonathan Safran Foer, Extremely Loud & Incredibly Close
Kafka on the Shore, Haruki Murakami
Cuentos sobrenaturales, Carlos Fuentes
Mes aventures d'apprenti chevalier presque entièrement raté, Marie Clark
Extremely Loud & Incredibly Close, Jonathan Safran Foer
Tout ce qui brille, Jennifer Tremblay
Le Vengeur masqué contre les hommes-perchaudes de la Lune, François Blais
vendredi 29 janvier 2010
Hier je suis arrivée chez Juillet à une heure & demie avec un appareil-photo jetable & les cheveux ébouriffés par l'hiver, viens dehors que je lui ai dit, on a vingt-sept photos & juste un après-midi.
À six heures & des poussières je suis allée rejoindre Marlie au Sacrilège, pour la première fois à vie j'étais en retard & elle pas, on devait rester une heure mais finalement c'est trois heures qu'on a passées à parler de toutes ces choses qu'on a jamais le temps de se dire -- ses chansons colorées, belles comme des bijoux ; tous nos grands élans d'indignation devant l'injustice, toutes les injustices sociales ; l'Afrique ; la Russie ; la bière que son copain ira bientôt brasser en campagne ; les histoires qui me chicotent ; le futur qui est là là, maintenant. Marlie attablée en face de moi, immensément grande & immensément blonde, la plus belle personne que je connaisse.
Je suis revenue chez Juillet avec quatre bières dans le ventre & une grande chaleur dans les joues, alors il m'a donné de la crème glacée au chocolat & des tonnes de sourires indulgents. J'ai fouillé dans sa bibliothèque & je me suis endormie en lisant les premiers chapitres de Chercher le vent, j'avais oublié qu'il y avait une Catalane dans ce livre-là ; quand je me suis éveillée il me regardait dormir. Il m'a dit toi tu m'habites & c'était d'une douceur cotonneuse, un nuage de ouate contre ma peau.
& ce matin le téléphone a sonné à neuf heure quarante-six minutes, cinq coups avant qu'il ne réponde, & c'était quelqu'un qui lui disait que son père était mort.
Il y a des choses, comme ça.
mercredi 27 janvier 2010
Ces temps-ci je lis des livres que j'aurais envie de ne jamais terminer.
À l'aéroport d'Heathrow j'avais quatre heures d'attente & War & Peace déjà terminé dans le fond de mon sac à dos, alors j'ai acheté Kafka on the Shore & c'était le meilleur de tous les livres que j'aurais pu lire à ce moment-là, à exactement ce moment-là de ma vie. D'Haruki Murakami j'avais seulement lu Chroniques de l'oiseau à ressort, dans une traduction vraiment horrible qui m'avait profondément frustrée, on a pas idée de massacrer un livre à ce point, cibole!, mais Kafka c'était encore plus de toutes ces choses qui n'arrivent qu'en littérature -- les personnages qui parlent de mythes grecs & de grandes choses profondes, le temps qui se troue & s'étire & s'embrouille, une histoire éclatée de brume & de rêves. & puis en même temps il y a tout un cadre supra-réaliste, de très petits détails du quotidien, l'auteur qui passe son temps à expliquer très exactement ce que les personnages ont décidé de manger pour le repas du soir, quels légumes sur quel type de riz avec quelle marque de café instantané. C'en est tellement déroutant que ça en devient beau.
& aujourd'hui je termine Extremely Loud & Incredibly Close, qui lui est tout plein de personnages qui ne peuvent survivre qu'en littérature -- le petit garçon beaucoup trop prodige ; le grand-père qui perd la parole & entretient des dialogues via des tonnes de cahiers ; le vieil homme centenaire & sourd qui enfonce chaque matin un nouveau clou dans un lit construit à même un arbre volé où, je m'en rappelle plus tout à fait, peut-être à Central Park? Anyway. C'est un livre comme une explosion dans la poitrine.
& ça prend un certain courage, je crois, pour écrire de ces choses, de ces gens qui n'arrivent que dans les livres.
Ces temps-ci je vis des choses que j'aurais envie de ne jamais avoir fini de vivre.
Il y a des journées grises de pluie verglaçante & de trottoirs-patinoires où Juillet sent toujours la menthe & l'air du dehors & le savon & la cigarette, juste un peu, juste assez pour donner du relief à son odeur. Il a recommencé le jour de sa fête parce que crisse, t'étais pas là.
Il y a les meilleures soirées du monde avec Baloi, toutes les deux nostalgiques de téléromans espagnols horriblement invraisemblables, un ancien orphelinat devenu école privée devenue théâtre d'activités criminelles en tout genre, toutes les deux encore follement amoureuses du Pays Basque, à distance, trop craintives pour y retourner tout de suite, qu'est-ce que ce serait que d'aller à Gasteiz pour la retrouver vide de tous les gens qu'on y a aimés?
Il y a des après-midis de soleil doux chez mon grand-père, à l'entendre me raconter un rêve rêvé la nuit précédente, un rêve fou qu'il me dit, un rêve tellement beau, qu'est-ce que c'est qu'un beau rêve pour mon grand-père? Y'avait un lac dans la cour en avant, j'y pêchais des dorés gros comme ça.
Il y a des virées express à Montréal, trois heures & demie en voiture avec un petit monsieur de soixante-quinze qui roule à peu près à ça, à soixante-quinze, pour aller voir Chuck qui tombe dans le mélodrame & jure jure jure! que sa vie de future infirmière est finie terminée déjà derrière elle, pourquoi je m'obstine à faire de quoi qui me ressemble pas?. Baloi qui lui dit va donc sage-femme, que j'aie pas besoin d'accoucher à l'hôpital. Moi qui lui dis l'école ça presse pas, mais tout le reste -- oui!
Il y a déjà toutes ces semaines douillettes chez mes parents, les crêpes aux fruits pour le souper, l'énorme machine à espresso qui tire les plus bruyants de tous les allongés du monde, les mauvais téléromans auxquels ma mère donne tous une chance, au moins trois épisodes, Trauma c'est pas bon mais qu'est-ce tu veux, c'est James Hyndman, mon père & son amour des bibliothèques qui s'étale dans toutes les pièces, ma soeurette qui vient dormir chaque fois que ça va pas avec son copain & qui me laisse de petites notes presque sans fautes d'orthographe, je t'aime vraiment beaucoup, des milliers & des milliers de points d'exclamation.
Il y a une fin de fin de journée où Juillet me dit je dors mieux depuis que je te connais & je pourrais rire en disant tu me trouves soporifique? mais je le fais pas parce que déjà sa respirations s'alourdit dans mon cou & aussi parce que je sais que ce qu'il essaierait d'expliquer c'est qu'il y a une angoisse, de ces angoisses sombres & gluantes comme les anguilles, qui existe juste un tout petit peu moins depuis que, depuis que.
(Juillet qui demande, pourquoi y'a pas encore personne qui a écrit de livre sur toi & moi & ça? ; moi qui réponds parce que dans les livres faut toujours que ce soit au moins un peu compliqué.)
Il y a des journées entières que je passerais à l'avoir tout près, assez pour pouvoir sentir son coeur battre dans ma poitrine.
samedi 9 janvier 2010
En 2009 j'ai commencé cent onze livres ; j'en ai abandonné deux ; je suis tombée amoureuse des dizaines & des dizaines de fois.
Les meilleurs des meilleurs --
Tolstoï! (...personne l'avait vu venir.) War & Peace, & puis aussi The Death of Ivan Ilyich & Other Stories.
Suzanne Myre! J’ai de mauvaises nouvelles pour vous & Nouvelles d’autres mères & Humains aigres-doux. (Me reste deux recueils d'elle à lire. J'ai hâte hâte hâte.)
La ciudad y los perros, Mario Vargas Llosa
Je jette mes ongles par la fenêtre : nouvelles, Natalie Jean
La peau des doigts, Katia Belkhodja
La physique racontée aux poètes & aux enfants, Ulf Danielsson
Bourlinguer, Blaise Cendrars
Aussi beaucoup beaucoup aimé, pêle-mêle --
Trainspotting, Irvine Welsh
The View from Castle Rock : Stories, Alice Munro
Éloge du chiac : poésie, Gérald Leblanc
Chronicles : Volume One, Bob Dylan
Québec en mouvements : idées & pratiques militantes contemporaines, sous la direction de Francis Dupuis-Déri
Instruments des ténèbres, Nancy Huston
N.P, Banana Yoshimoto
Les justes : pièce en cinq actes, Albert Camus
La plus jolie fin du monde, Zviane
La memoria, Louise Dupré
Coup de foudre, clichés & autres atrocités, textes de Julie Gaudet-Beauregard & illustrations de Catherine Lepage
The History of Love, Nicole Krauss
Chambre avec baignoire, Hélène Rioux
Théâtre complet I : Ce fou de Platonov, Ivanov, La mouette, Les trois soeurs, Anton Tchekhov
A Hero of Our Time, Mikhail Lermontov
& meilleures relectures, parce que ça veut quand même dire quelque chose que d’aimer autant un livre pour la deuxième fois --
Sherlock Holmes : The Complete Novels & Stories, Volume I, Arthur Conan Doyle (pas eu le temps de relire le deuxième volume -- peut-être plus tard cette année.)
Les Malaussène de Pennac! (...sauf peut-être Des chrétiens & des maures.)
Je voudrais me déposer la tête, Jonathan Harnois
(Faire dans le concis, le voici mon top dix de l'année, je serai jamais capable. Il y a trop de livres qui méritent d'être aimés au grand jour, même dans des listes interminables!)
Dans le train de nuit de St-Pétersbourg à Moscou j'étais fatiguée à en avoir mal aux yeux mais j'étais incapable de dormir, alors j'ai écouté Murder Ballads, tout l'album trois fois de suite, & vraiment c'était apaisant, repasser toutes ces histoires en boucle, soupeser les mots, les entendre s'enrouler autour des notes. & très lugubre, aussi, parce qu'à la fin du voyage je voyais des envies de rages meurtrières chez tous mes voisins de wagon, mais bref.
& j'étais sur youtube aujourd'hui, après avoir terminé mes bagages, & je me suis souvenue à quel point j'aime le vidéoclip pour Henry Lee -- le contraste entre l'air particulièrement vampirique de Nick Cave & les traits délicats de PJ Harvey, la chanson si délicieusement morbide & leurs gestes si doucement enveloppants. & leurs mains, leurs mains qui dansent & happent & dessinent, quelque part dans l'espace qui les sépare, de grands sentiments crève-coeur.
Je prends l'avion demain matin.
vendredi 8 janvier 2010
Mon Noël à moi, tout doux:
Le vingt-quatre décembre, dans la petite épicerie tenue par les Kazakhs qui vendent des oranges bioniques grosses comme ma tête, Dalida qui chante paroles, paroles & la caissière qui bat la mesure, ses faux ongles s'écorchant sur le comptoir de métal.
Encore le vingt-quatre décembre, je reçois un colis par la poste & c'est de Juillet & c'est un tout petit livre en papier recyclé, les feuilles reliées tout croche & l'encre bleue qui s'étend en pâtés, les mots maladroits, les fautes d'orthographe, les photos de sourires. Mon coeur grand comme ça dans ma poitrine.
Le vingt-cinq décembre, je travaille mais seulement après avoir festoyé avec la patronne & la secrétaire & Porcelaine, à boire du Campari à deux heures de l'après-midi & manger des petits fours noyés dans la crème sûre, la patronne qui offre une boîte de chocolats & du champagne, pas du champagne russe sucré mais l'autre, l'étranger qu'elle dit, plus amer, c'est bien celui que vous préférez?. Je donne mon cours peut-être pompette, peut-être juste un tout petit peu, & quand je rentre chez moi il y a une boîte de truffes sur mon oreiller, & il y a un peu de neige qui se faufile par la fenêtre entrouverte, & je me dis que tout ça, Moscou toute blanche du chocolat en cadeau une bouteille de champagne dans mon sac, tout ça c'est joli comme un poème.
Ensuite il y a eu ma dernière journée de travail, mes étudiants qui m'offrent d'autres boîtes de chocolat, les meilleurs chocolats russes au monde, & qui prennent de toutes petites voix paniquées lorsqu'ils apprennent que je reviendrai seulement en février, but you're coming back, right?. Puis le trente & un décembre sur la Place Rouge, à regarder les feux d'artifices éclater au-dessus du Kremlin avec un Croate grincheux & deux Russes & Porcelaine, Porcelaine avec qui je partage ma bouteille de champagne & qui me dit en m'embrassant sur les deux joues que de tout le monde que j'ai connu ici, suis crissement contente d'être avec toi pour le Nouvel An!
Puis Novgorod où je suis arrivée à six heures du matin, où l'eau de la Volkhov était plus chaude que l'hiver, où il y avait de longs filaments de brume qui couraient au-dessus de la rivière & où, dans l'air doux & presque intolérablement froid du petit matin, c'était d'une beauté délicate, inattendue.
Puis Saint-Pétersbourg où j'ai appris que Lhasa était morte alors j'ai écouté son dernier album à répétition, partout sur les trottoirs enneigés de la ville. Je préfère son deuxième disque, The Living Road, mais dans Lhasa il y a une mélancolie dans laquelle j'ai toujours un peu envie de me lover. Comme le goût d'être triste, d'être juste assez triste pour comprendre les chagrins qu'elle chante.
Sinon il y a le petit chien de la famille qui est tombé gravement malade juste après Noël, & elle était vieille, & maintenant elle est morte. Ma soeurette qui m'écrit tsé, je sais même pas si le paradis existe mais j'espère tellement tellement fort que le paradis des chiens existe, parce que elle il faut qui lui arrive de quoi de bien. Oui.