Il y a quelque chose que je ne comprends pas de moi: cette façon que j'ai de toujours, toujours garder espoir.
C'est pas une qualité. C'est un trop-plein d'imagination.
Je m'endors en me racontant des histoires & je m'éveille en me racontant des histoires & la plupart du temps elles ne me concernent même pas. Elles mettent en scène des personnages que j'ai chipés à des livres dévorés étant petite, je les ai tous foutus dans le même bateau & maintenant ils évoluent dans cette espèce de bouillie littéraire dans ma tête, des mondes qui s'entrechoquent & de grandes sagas qui ne finissent plus. Il n'y a personne qui meurt vraiment parce que je m'arrange toujours pour en faire des fantômes; je leur donne des tonnes de unfinished business, comme ils disent dans les films épeurants, alors tout le monde s'accroche aux vivants.
On pourrait croire que c'est assez pour que j'arrête de tisser des broderies autour de la réalité, mais. C'est pas le cas. J'ai des scénarios qui s'amoncellent dans ma poitrine & je les traîne partout avec moi, ils s'incrustent dans mes conversations & se glissent dans tout cet air qu'il y a entre moi & les autres. Ça me fait comme une bulle d'irréalité. & d'optimisme, aussi, alors c'est pas trop grave.
Hier il faisait beau, alors j'ai monté un escalier interminable pour aller trotter en Haute-Ville. En chemin j'ai vu un monsieur en kilt, pas carotté mais quand même, & j'ai enlevé mes mitaines de laine pour mieux sentir le vent chatouiller mes doigts.
vendredi 20 mars 2009
jeudi 19 mars 2009
Bilan de ma vie en ce moment:
- un biscuit chinois m'annonce une AVENTURE AUDACIEUSE (en lettres majuscules);
- un gars à qui j'ai parlé une toute petite fois me poursuit avec une énergie qui ressemble (à s'y méprendre) à celle du désespoir;
- un autre gars me dit qu'il m'a toujours trouvée vraiment intimidante & moi tout ce que j'ai envie de répondre, c'est cibole, ça fait trois ans qu'on se connaît!;
- je tricote des mitaines à une vitesse prodigieuse;
- j'ouvre toutes les fenêtres;
- c'est le printemps & j'ai encore envie de partir.
mercredi 18 mars 2009
À Gasteiz il y avait, tout au bout de la calle Dato, une grande vache de plastique. En théorie la rue était piétonnière, en pratique c'était plus compliqué parce qu'il y avait toujours des camions de livraison qui se disaient pourquoi poirauter dans le trafic quand il y a la Dato, mais la vache ne bougeait pas. Au début, avant qu'on ne connaisse bien la ville et ses rues en cercles concentriques-mais-pas-tout-à-fait, c'était notre point de ralliement: nos vemos a las ocho y a la vaca, huit heures & la vache, d'accord. Ensuite ça a été Correos, le bureau de poste aux allures de palais de justice, puis la Plaza de la Virgen Blanca toujours en construction, puis cet endroit près des bacs de recyclage municipaux où on attendait, après avoir sonné chez Shanti. Mais au début c'était la vache, qui ne servait pas à grand-chose mais qui était là, & on l'aimait de tout notre coeur d'expatriées québécoises en pays basque.
Trois mois avant le départ, la vache s'est fait tatouer un Café Plaza en rouge vif sur la hanche & on s'est rendues compte que tout ce temps-là elle n'avait été que la mascotte mal identifiée d'un café où nous n'entrerions jamais. Je crois que nous avons noyé notre désillusion dans la mauvaise bière des bars indépendantistes de Kutxi, avec Shanti qui ne comprenait pas vraiment de quelle vache on parlait et Sergi qui était heureux, dans toute sa cheap-eté catalane, de se faire payer une caña par deux filles vaguement déçues.
samedi 14 mars 2009
Plus beau compliment à vie:
Je pars bientôt &, en guise de cadeau de pré-départ, le technicien comptable de l'endroit où je travaille m'a donnée le premier roman de Jacques Poulin, déniché dans une librairie de livres usagés, parce que ça me ressemble.
(Comme quoi les gens sont tout plein de poésie insoupçonnée.)
Terminer l'examen de russe & le réviser à la va-vite, barbouillant mes doigts de plomb. Sauter dans un autobus tout juste avant qu'il ne démarre & me rappeler à quel point j'aime voir la ville défiler le soir, les lumières & les ombres comme des taches d'encre dans les rues & le moteur qui vibre sous mes pieds. Poser une joue sur la grande fenêtre probablement très sale. Sourire à la nuit en essayant de pianoter contre mon genou gauche cette chanson de Wilco que j'aime beaucoup, love left over from lovers leaving & you're happy because of the lovely way the sunshine bends. Dévaler la Côte d'Abraham & sentir dans ma poitrine comme une joie tranquille qui s'étire & se gonfle, chatouille l'intérieur de mes joues. Me lever en glissant mes mains fébriles dans les poches de mon manteau. Engloutir d'un coup tout l'air de la nuit dans ma gorge & souffler chez moi chez moi chez moi!. Comme ça.
J'ai regardé le troisième des Manifestes en série d'Hugo Latulippe & j'aime Ève Cournoyer d'aimer l'Amérique. Quand elle dit "y'a plein de bonnes choses aux États-Unis... comme Bob Dylan!", j'ai un peu envie de traverser l'écran & de m'asseoir près d'elle pour qu'on jase un brin.
Mercredi j'étais fâchée, jeudi j'étais triste, hier j'avais envie de parler à ma mère.
Aujourd'hui je vais bien & j'ai passé l'après-midi à boire le soleil à grandes goulées.
mercredi 11 mars 2009
lundi 9 mars 2009
J'ai grandi en Acadie & je suis jamais allée au cégep & j'ai l'impression, chaque fois que je dépose un CV chez un employeur potentiel, qu'il y a comme un trou dans mon parcours. J'aimerais beaucoup le combler avec un aptitude particulière: parle couramment le chiac. C'est déjà plus honnête que de faire croire que je maîtrise Excel.
J'y pense pas mal ces temps-ci parce que j'ai mon contrat qui se termine dans quatre semaines, très exactement quatre semaines, & je me demande si je vais a) en profiter pour débuter une longue (mais pas très lucrative) carrière de parasite sociétal, ou b) devenir fille de mini-bar au, je dis ça comme ça mais ils paient quand même dix-huit dollars de l'heure, Château Frontenac. (En plus j'ai déjà été femme de chambre dans un hôtel où il fallait dire que j'étais préposée aux chambres. & où une des superviseures me reprenait systématiquement sur ma façon de nettoyer la robinetterie des salles de bain, mais ça c'est une autre histoire.)
C'est un ou l'autre, parce que pas envie d'avoir de plans de carrière cet été. Parce que, Russie en septembre. Si si si plein de choses. (!!!)
lundi 2 mars 2009
Une soirée complète à se lancer de grandes beurrées de sarcasme à la figure, puis moi qui m'égratigne les lèvres contre des joues rugueuses, puis des flocons plein les cils & un rire dans le ventre & les corps sous les manteaux épais, les mains sous les mitaines de laine usées. Des pertes d'équilibre sur la glace dans un jeudi soir qui donne déjà sur vendredi matin.
Les trottoirs de cette ville connaissent beaucoup trop d'histoires.
J'ai des choses qui me chicotent, la plupart pas très importantes. Les impôts & les retards à la bibliothèque, l'impression que tout coule trop vite. Inadéquate partout où je passe & le plus souvent il n'y a que moi pour en rire, mais quand même. Quand même. Comme cette douceur du désir que je garde en bouche & dont je me sucre les lèvres; c'est pas rien. Comme cette angoisse légère de tout ce qui me reste à vivre, le grand & le petit & le très comme tout le monde. Comme cette joie de s'inventer une croisée des chemins pour le simple plaisir de sauter dessus à pieds joints.
& février 2009
Coraline, Neil Gaiman
The Golden Compass, Philip Pullman
Au bout du chemin: nouvelles, Stéfani Meunier
Mercredi soir au Bout du monde, Hélène Rioux
La ciudad y los perros, Mario Vargas Llosa
Parents & amis sont invités à y assister, Hervé Bouchard
Tout m'accuse, Véronique Marcotte
Peut-être que je connais l'exil, Annick Charlebois
Je jette mes ongles par la fenêtre: nouvelles, Natalie Jean
jeudi 19 février 2009
Histoire vraie:
Aujourd'hui j'ai rencontré un Salvadorien qui m'a aidée à pratiquer mon russe parce que, il y a vingt-trois ans, il vivait en URSS. Il y est resté huit ans. Maintenant il est à Québec & il donne des cours d'espagnol & il appose des noms aux lettres de l'alphabet cyrillique; ma préférée (& celle qu'il a le plus de mal à prononcer), c'est l'araignée.
Je lis Je jette mes ongles par la fenêtre, un recueil de nouvelles de Natalie Jean, & je connais quelqu'un qui dirait que c'est bon à s'en pitcher dans les murs.
C'est presque aussi bon que ça.
Jeudi c'est le jour du Voir, avec la chronique de David Desjardins qui réussit à être tour à tour désespérante de banalité ou éclatante de sagesse passagère, mais aussi le jour des deux macarons que j'achète sur Saint-Joseph, à cet endroit où le garçon a les joues barbouillées d'acné & de très jolis yeux. Tout son visage a quelque chose de pétillant & j'ai quinze ans & demi chaque fois que je passe à la caisse.
mardi 10 février 2009
La chair des avocats mûrs (mais pas trop) est d'un vert, je sais pas, un vert délicieux. Une couleur chantante.
Parfois je me dis que si la petite fille que j'étais savait que je vis une grande histoire d'amour avec le violet, elle me renierait. Mais elle apprécierait le vert. Couleur de garçon, & tout ça.
L'époussetage c'est la chose la plus déprimante au monde, parce qu'aussitôt qu'on commence à le prendre au sérieux on s'aperçoit que c'est futile, que la poussière c'est sournois & que ça vous laisse jamais plus de deux jours de repos. & si on décide de ne pas s'en préoccuper, il faut se résoudre à enfouir ses doigts dans trois centimètres de saleté chaque fois qu'on frôle le dessus du réfrigérateur. & à développer des sinusites à répétition.
C'est sans issue.
mardi 3 février 2009
C'est le redoux & ma porte habituellement si récalcitrante, celle que j'ai passé le dernier mois à dégeler au séchoir à cheveux tous les matins, ramollit dans ses gonds & se laisse amadouer par la chaleur. La rouille s'écoule en filets tièdes lorsque je malmène trop la poignée extérieure, mais il y a de longs glaçons tout neufs qui s'étirent sous les marches de l'escalier & j'ai envie de faire comme quand j'étais petite, d'en casser un pour mieux tracer de grandes histoires dans la neige mouillée.
& janvier 2009
Sherlock Holmes: The Complete Novels & Stories, Volume I, Arthur Conan Doyle
Jeunauteur: Souffrir pour écrire, Stéphane Dompierre & Pascal Girard
Enthéos, Julie Gravel-Richard
Persepolis: 4 volumes, Marjane Satrapi
La Ville aux escargots, Laurence Prud'homme
The Magician's Nephew, C.S. Lewis
La fille qui rêvait d'un bidon d'essence & d'une allumette, Stieg Larsson
Noir Canada: Pillage, corruption & criminalité en Afrique, Alain Deneault avec Delphine Abadie & William Sacher